Rien à voir !

Vous l’aurez compris à son titre très explicite, dans cet article, il n’y a rien à voir. Pas de vidéo de Teodros, donc. Mais patience, il y en a une en préparation !

Non, cet article ne donne rien à voir, il veut juste mettre les points sur les i, les barres sur les t et autres joyeusetés en d’autres lieux : ce voyage n’a rien à voir avec des vacances. Mais alors là, mais rrrrrrrrien à voir, vraiment !

Et puis il y a plein d’autres choses qu’il n’est pas, dont voici un petit florilège :

1. Des vacances, donc, on l’a dit : cours le matin, six jours par semaine, ça nous prend déjà la demi journée. Sans compter les évaluations, en plus des cours. Visites, découvertes, activités, musées, balades, observations l’après midi, et hop, une autre demi journée. Enfin, débriefing émotionnel, tri et analyse des découvertes, partage des sensations, des étonnements, de ce qui nous a le plus frappé, interrogé.

Il reste un peu de temps pour la mise à jour du carnet de bord/carnet intime, le montage des vidéos et l’écriture des textes pour le blog, les contacts avec papa, la lecture, les jeux. Je ne parle même pas de tout le boulot invisible, celui qu’on fait souvent sans l’ajouter à sa journée de travail : cuisine, vaisselle, ménage, lessive, petits rites quotidiens incontournables. (« Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? – Bof, pas grand chose… » Mais la maison est nickel, le dîner prêt, la panière à linge vide …). Alors, non, on n’est pas en vacances !

2. Une chance : pas vraiment non, c’est plutôt un choix éducatif pour Teodros, un projet de longue haleine, objet de négociations avec son père qui ne le voit pas pendant dix mois, un budget pas piqué des hannetons, une organisation et une anticipation de l’inconnu de la prochaine destination… Comprenez moi bien, je ne dis pas qu’on n’a pas de la chance : c’est vrai qu’un certain nombre de paramètres ont été réunis qui nous le permettent, mais on a aussi su en tirer le meilleur parti.

3. Une partie de plaisir tous les jours, entre

–  l’énergie qu’il me faut déployer pour faire tout rentrer dans une journée,

– le tête à tête constant, 24/7, avec un pré-adolescent constamment stimulé, en plus de ses hormones, par les émotions du  voyage, en manque de son père, déstabilisé par l’absence de son environnement habituel,

– les émotions du voyage,

– la multiplicité des rôles à jouer dans le duo que nous formons, Teodros et moi, et qui se sont complexifiés du fait du voyage : en plus de maman, davantage sollicitée du fait de l’environnement changeant et inhabituel, je suis aussi la prof, l’organisatrice des journées, la coordinatrice des apprentissages directement liés au voyage, et le réceptacle unique des émotions.

4. Une aventure tous les jours. C’est même certainement moins exotique et extraordinaire de notre côté de la lorgnette que ce que vous pouvez vous imaginer depuis votre quotidien. Je le mesure surtout quand Teodros téléphone à son père qui lui demande de raconter sa journée : ça a l’air assez banal, rien qui ne sorte vraiment de l’ordinaire. Alors oui, on a fêté Noël à Bethléem, on a croisé une biche dans la colline autour de Jérusalem, on a travaillé dans un kibboutz, on a pris des ferries en Grèce et en Turquie, on a vu le soleil se coucher, en Ethiopie, depuis un plateau plus de mille mètres au-dessus de Lalibela, on a visité des monuments fabuleux comme l’Acropole, Sainte Sophie, le Saint Sépulcre. Mais on a aussi des journées tranquilles, ordinaires, sans rien de spécial. Parce qu’on ne peut pas constamment être stimulé, en mode ouverture, découverte, étonnement, concentration, observation et mise en perspective ; on a aussi besoin de zones de confort, de repos, de moments auto-centrés. De crêpes et de pâtes au beurre. Parce qu’il faut tenir la longueur : on a fait la moitié (déjà !!), il nous reste encore cinq mois, et surtout on commence à aller dans des pays aux cultures plus éloignées de la nôtre. Jusqu’à maintenant, on était resté autour de la Méditerranée, excepté pour l’Éthiopie, que l’on connaît par cœur. Bref, on a joué la facilité, ça risque de se corser avec les destinations restantes : Inde, Japon, Chili, Pérou, USA.

5. Ce à quoi on s’attendait, bien évidemment. Sinon, ce n’est carrément plus la peine de voyager, d’ailleurs.

Plus particulièrement, je m’attendais à de vraies rencontres, j’avais même espéré que Teodros rentrerait avec un carnet d’adresses d’amis internationaux. C’était sans compter la pudeur et la lenteur à créer du lien de Teodros, d’une part (j’avais espéré que le côté exceptionnel du voyage aurait fait tomber ses inhibitions. Bon …). C’était surtout sans compter notre emploi du temps assez chargé, et aussi le fait qu’un mois dans un pays, en fait, c’est trop peu. Ça vous paraît ridicule peut-être, mais on a l’impression de survoler plein de choses et de ne pas avoir le temps de créer du lien. Et puis on bouge dans chaque pays, parce que ça semble trop dommage de ne pas aller voir plein de choses, mais en bougeant, on penche vers le tourisme, et on s’éloigne de la vraie vie des vrais gens. Difficile de faire un choix et des fois je me demande si je fais les bons…

Il n’y a plus qu’à vivre les moments et attendre le bilan au retour, pour savoir où je me suis trompée.

Et vous, c’est quoi votre idée du voyage ? Votre idéal de voyage ? Votre envie de voyage ?

A vos claviers pour des commentaires !

4 commentaires sur “Rien à voir !

  1. BON !!! J’ai tout lu !!! Quand même après toute cette description, je n’ai pas du tout envie de vous plaindre.
    Ici pareil, la cuisine, le ménage, les lessives, et en plus le travail: pas très exotique… Donc je ne vous plains PAS DU TOUT. Pour les liens avec des jeunes de son âge, il me semble qu’on en avait parlé avant votre départ et là je joue la grande sœur moralisatrice: « je te l’avais bien dit » hihihi. OUILLE je sens un peu tes larmes monter et ce n’est pas le but de mon message; il vaut mieux profiter du peu qu’on a dans la vie plutôt que de croire que ça pourrait être mieux. Je suis sure que vous allez garder dans la tête des souvenirs merveilleux malgré les petits coups de blues. Je vous embrasse fort fort fort.

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as raison,bon n’est pas à plaindre, je voulais juste désacraliser un peu l’exercice. Pour avoir lu le blog d’autres parents qui partent autour du monde, je sens qu’ils tombent de haut, qu’ils avaient imaginé quelque chose de plus ludique alors que c’est beaucoup de travail. Bises

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  2. Non je ne vous plains pas non plus ! Certes le quotidien est présent, mais qu’est-ce que j’aimerais faire ma lessive à Mumbaï et ma vaisselle à Jérusalem !!! Bien évidement tu as le quotidien qui te rattrape mais ce que vous vivez est incroyable, fantastique. Et même si votre relation est bouleversée (ton rôle multi-casquettes : maman, prof, organisatrice, …), elle n’en ressortira que plus forte, vous serez unis par des liens uniques. Pour Teodros, il aura vu et appris de toutes ces visites, et vécu des émotions uniques, connu des lieux incroyables et même s’il n’est pas immergé totalement avec des gosses ça me paraît normal avec la barrière de la langue et ce n’est pas comme si vous restiez 4 mois au même endroit. Ce sera quand même méga enrichissant pour lui !
    Donc oui c’est un choix éducatif mais y’a tout de même de la chance là-dedans (provoquée par tes bons soins, bien évidemment) !!!

    Aimé par 1 personne

    1. Ok, ok, ne t’enerve pas ma douce… 😁😁. Vous avez bien évidemment tous raison, de votre point de vue : on a de la chance, on le sait, tous les gens qu’on rencontre et à qui on raconte notre voyage le répètent à Teodros. On s’en rend compte et on en profite !

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